

--------------------------------------------------------
Espace AGRICULTURE
-------------------------------------------------------
Contact : nathdiata@yahoo.fr
Ne peut-on pas changer la manière de cultiver le mil ?
Weeho ekina wa moneka asami
(SUGGESTION AUX CHERCHEURS AGRONOMES DU SANKURU)
Par Joseph TOPANGU

Anaalengo, Lambonyolomba dia nyaala ofundeelo one ko nyooho dia one lofundji keema ombeyimbeyi (expert); “profane” keemi. Lambofunda okoone dia pohola sawo l’okaneelo wa yimba l’akambo weendana la Sankuru kaso. L’Otetela vate: “Fudu eenga mbeenande eto”. Koyanga onto k’onto, laaha la dieewo dia yeende, koka la tondja kanyi ko ambeyimbeyi kana layo yimba dia kimanyiya Sankuru co la tondo, kana kokaka.
Ofundeelo weenanyu l’aleta wa bleu eeko shodi yodhisha Papa Augustin Olundu. Lee wane wahaeeye, Papa Augustin eeko Agronome. Nde mbeyaka kene katande. Lakeenyi dimena nyotomeeyo ce dia nyu lawo kana yimba.
1. 1. L’origine de la réflexion
Assis dans un restaurant perché au 2e étage d’un hôtel, j’ai plusieurs fois admiré la vue d’un champ de mil situé à une centaine de mètres. Un jour, poussé par la curiosité, j’ai parcouru les quelques pas qui me séparaient de la parcelle inoccupée qui est exploitée pour faire la culture de mil. Arrivé à l’entrée de la parcelle j’ai trouvé quelqu’un à qui je me suis adressé pour avoir l’autorisation d’entrer voir le champ de près. C’est alors que j’ai appris que le champ en question n’était pas un champ de mil mais un champ de maïs.
(Photo 1).
Augustin Ulundu : Alinéa 1. Réaction et imagination tout a fait normales car le mil et le maïs sont tous des graminées ou graminaceae du genre panicum maximum dont la différence morphologique est à peine 5% entre eux.
J’étais sur le point de rebrousser chemin car le maïs ne m’intéressait pas. Le mil, lui, m’intéressait parce qu’il y a longtemps que je n’ai plus été dans un champ de mil, depuis que j’ai cultivé ce granulé à Kole et à Wembo-Nyama à bas âge. Pendant que je parlais au monsieur, un détail m’a sauté aux yeux: le champ était scindé en deux parties, une partie avec maïs semé en ‘‘ondulations’’ (‘‘emunda’’, en Otetela)—ce qui avait suscité ma curiosité—et une partie avec maïs semé en terre plane, que je n’avais pas vue à partir de l’hôtel.
(Photo 2).
Augustin Ulundu : Alinéa 2. Encore une fois, perception normale pour l’œil humain qui à une centaine de mètres a du mal à distinguer le relief des ondulations manuelles en buttes surélevées de plus ou moins 30cm à une régularité plane du terrain surtout s’il porte déjà des cultures. Bien que l’œil humain non armé tien bon juqu’à 1000 mètres.
J’ai demandé au monsieur la raison de cette différence de cultures dans un même champ, mais il n’était pas en mesure de m’édifier. Ma curiosité déjà éveillée, je me suis avancé jusqu’au fond du champ où une 2e observation s’est offerte à moi: le champ en terre plane était plus florissant que le champ en ‘‘ondulations’’(Photo 2). A partir de ce moment j’ai décidé de rentrer à l’hôtel prendre mon appareil photo. Les nombreuses questions qui se faisaient jour dans mon esprit allaient nécessiter quelques photos pour illustrer mes propos à l’intention des Sankurois.
Augustin Ulundu : Alinéa 3. C’est une observation bien sûr. Je la respecte comme une vérité qui saute à l’œil. Malheureusement cette affirmation est difficile à expliquer dans une vision où il faut lier les causes à effets, donc culture sur surface unie plus florissante que culture sur les ondulations. Car, la fertilité du sol scientifiquement reconnue responsable du verdoiement est plus ou moins uniformément répartie à la surface et sur faible profondeur sur un petit lopin de terre à l’instar du champ que tu a visité. De plus, en ramassant plus ou moins toute cette fertilité de part et d’autre pour la concentrer sur une ondulation, la culture qui s’y pratiquera par la suite a plus de chance de luxuriance s’il faut en comparer avec la situation d’avant phénomène d’ondulation.
2. 2. Des questions singulières
Devant les deux cultures de maïs, l’une en ‘‘ondulations’’ et l’autre en terre plane, j’en suis venu à me poser :
1) la question de savoir pourquoi donc on sème le mil en ‘‘ondulations’’ de la façon que nous savons ?
2) Et si cette façon de faire n’était pas la meilleure? Car dans ce champ-là le maïs en ‘‘ondulations’’ semblait moins florissant que celui en terre plane.
3) Quel pourrait-être l’effet, si on semait le mil en terre plane ?
4) N’ai-je pas vu de petits essaims de mil en terre plane grandir (lo daala, au village) et donner de bonnes gousses? Autant de questions qui me font croire qu’il y a peut-être des choses à découvrir autour de ce problème.
Augustin Ulundu : Alinéa 4. S’agissant de la première interrogation qui consiste à savoir pourquoi donc on sème le mil en ‘‘ondulations’’ de la façon que nous savons. Voir ce que je venais de dire à l’alinéa 3 sur la fertilité. Vraiment désolation si la façon de semer la mil en ondulation nétait pas la meilleure. A propos de l’effet, si on semait le mil en terre plane. Fertilité plus ou moins uniformément répartie mais en faible quantité comparativement au terrain avec ondulations. Pouvoir de rétention d’eau de pluie ou d’arrosage quelconque également plus ou moins uniformément réparti comparativement au terrain avec ondulations. Or, après la fertilité du sol, c’est l’eau qui est responsable d’une agriculture sans omettre le soleil. L’eau alors. Elle rapproche aux racines les éléments nécessaires à la plante par le truchement de la solution colloïdale. Parlant de l’assèchement ou eau disponible à la plante. Le drainage et sèchement d’eau d’un terrain se passe en premier lieu au niveau des ondulations. La gravitation n’étant plus à discuter. Mon cher Joseph, tu dis bien terre plane lo daala, moi j’ajoute daala où la terre est bien fertile, compost par excellence, où souvent les feuilles retiennent de l’eau et laisse seulement une bonne humidité relative au profit du mil que tu a vu grandir chez nous au village. Le soleil de chez nous étant de surcroît le meilleur au monde pour réussir une culture. Ton mil de daala, tout comme amoke a waala ne pouvaient être que luxuriants. Mais, frère et ami Joseph, fais attention, les gousses sont aux légumineuses comme l’arachide, le haricot, ndjoko, Owala etc. alors que les épis sont aux céréales comme le mil, le maïs, weenge, lokondokondo etc. Oso hiotehote.
3. 3. Gaspillage des grains de semence
La méthode traditionnelle qui consiste à répandre les grains de mil sur le sol pour ensuite faire des ondulations comporte un énorme gaspillage de semence. Les grains couverts par les ondulations (zones Z1 et Z2) sont enterrés à des profondeurs allant de quelques centimetres a environ 15 voire même 20cm, et de ce fait, ne poussent pas.
Approximativement 4 cinquièmes de grains de mil ainsi répandus ne sont pas profitables à l’agriculture. Les grains qui poussent dans les champs de mil seraient uniquement ceux remués de la zone Z3 (voir flèches rouges fig. 3A) pour élever les ondulations. A cause de l’action de la houe, ces grains tombent beaucoup plus en Z2 qu’en zone Z1.

Par conséquent, Z2 aura trop de plantes qu’il faudra deraciner, alors que les meilleures plantes grandissent en Z1. La zone Z3 non seulement perd tous ses grains au bénéfice des zones Z1 et Z2, mais en plus elle reste dénudée, sol et grains étant remués pour faire les ondulations de part et d’autre.
Augustin Ulundu : Alinéa 5. Exact sur le gaspillage. Bon message. J’ai un livre que j’ai écrit là dessus, non publié certainement, peut-être faudrait-il le balancer quelque part et aider le lecteur. La solution selon mon livre est d’en faire une pépinière. Culture sur une petite surface bien fertile, arrosé et éclairé puis ensuite en transplanter également sur un lieu aux paramètres culturaux plus ou moins rassurés. Si on le fait pour le riz, céréale de plus ou moins même calibre, pourquoi ne le ferait-on pas pour le mil comme je le préconise? Dès lors que l’information deviendrait utile et profitable, le gaspillage serait évité, les travaux supplémentaires de démariage (doombo) aussi, jusqu’aux eto(chenilles des plantules), oiseaux, vers, insects et fourmis consommateurs des grains envoyés au sol d’où le semeur attend une récolte de son champ. Tout simplement opipi(souffrance et désespoir) écarté. Ce que vous soulignez quelque part « plantes qu’il faudra déraciner ». Par ailleurs, il n’y aurait plus de meilleures plante ni des malingres si ce que je dis » pépinière serait d’application. Enfin le contenu de grain dits gaspillés par semis à la volée pourrait nourrir la famille pour quelques jours encore.
4. Rentabilisation des espaces cultivés
Au Sankuru comme ailleurs en Afrique, de façon traditionnelle, le mil se cultive en ondulations. Les Agronomes pourront nous dire s’il existe des raisons profondes de cultiver le mil en ondulations et s’il y a des arguments pour soutenir qu’on ne peut pas le faire autrement. Tout compte fait, la culture en ondulations comporte aussi un énorme gaspillage d’espace.
La culture en ondulations met réellement à profit les seules crêtes des ondulations. Ces crêtes ne représentent qu’environ 20% à 25% de l’espace du champ cultivé. Si le mil pouvait se cultiver en terre plane, les mêmes dimensions de champs pourraient donner jusqu'à 4 fois plus de plantes et la récolte pourrait s’en trouver autant de fois accrue.
Augustin Ulundu : Alinéa 6. On soutient la culture de mil en ondulation pour des raisons que j’ai déjá expliquées. Cfr. alinéa 4. Cependant si vous êtes sûrs de vos jachères réussies, la culture en terrain régulier ne pose pas d’inquiétude pour les jours à venir. Quand au gaspillage d’espace, il y a lieu de réduire les dimensions des interlignes sans plantes et aussi les dimensions des ondulations jusqu’aux besoins de la plante à cultiver. Ainsi donc l’inquiétude est contournée, l’espace exploitée par les cultures peut aller jusqu’à 75% voir même 100% car les plantes aussi ont besoin d’espace de prédilection et surtout de rayon de vitalité.
5. 5. Culture en ondulations contre culture en terre plane
On peut, sans engager d’énormes frais, faire un peu de recherche pour voir si vraiment la culture en ondulations est plus fructueuse que la culture en terre plane. Pour cela on n’aurait qu’à utiliser des surfaces identiques, les cultiver et ensuite comparer les récoltes obtenues.
Même dans ces conditions, on peut encore changer quelque chose de ce qui était fait traditionnellement: on peut faire les ondulations sans avoir répandu les grains de mil sur le sol. Une fois les ondulations faites, on peut alors y répandre soigneusement les grains de mil le long de la crête, quitte à couvrir ces grains d’une mince couche de sol qu’ils ne soient pas picotés par les oiseaux.